Le continent noir sous la « Waka wakamania » de Shakira

Vanter l’Afrique via les arts

Une des plus belles images qui demeurera dans la tête de tous les Terriens de ce début du 21e siècle qui ont suivi de près ou de loin le déroulement de la 19e Coupe du monde de la FIFA sera incontestablement l’hymne (chanson comme clip) de ce Mondial : « Waka Waka » de la chanteuse libano-colombienne Shakira. Rarement, la chanson-fanion de la plus grande compétition de football dans le monde aura été composée sur un air aussi « world music » derrière lequel se cache le génie africain…

Waka Waka est extrait de l'album Listen Up! The Official 2010 FIFA World Cup Album sorti le 31 mai 2010 et dont tous les bénéfices seront reversés à l'association « 1Goal : Éducation pour Tous » qui vise à promouvoir l'éducation des enfants défavorisés en Afrique

À propos du titre, Shakira a déclaré sur son site officiel : « Je suis honorée que Waka Waka (This Time For Africa) ait été choisi pour la Coupe du Monde 2010. La Coupe du Monde de la FIFA est un événement mondial, reliant tous les pays, toutes les nationalités, religions autour d’une même passion. Elle représente un événement qui a le pouvoir d’unir et d’intégrer, et c’est ce sur quoi cette chanson porte. La musique africaine est si inspirante et en mesure de trouver sa place dans la culture pop mondiale. Je suis très fière d’avoir travaillé avec l’un des groupes les plus acclamés en Afrique du Sud, Freshlyground »

Dans le monde du show-biz international tourné vers la musique, les tubes se font et se défont généralement en ghettoïsant les rythmes d’Afrique, blanc comme noir. Depuis le 11 juin dernier, ils servent soit de sonneries de téléphones portables d’un bout à l’autre de la planète, ou sont encore diffusés en boucle par les grands médias du monde.

Ils, ce sont l’hymne de la Coupe du monde (« Waka Waka » qui signifie « marcher, avancer» dans le pidgin camerounais) et la vidéo officielle de ce grand rendez-vous sportif, « Waving flag » du duo Knaan-Bisbal. Ces deux morceaux dépeignent les différentes facettes de la folie que sème le ballon rond dans le monde ; aussi bien dans leur conception que dans la réalisation de leurs clips. Dans une moindre mesure, allusion peut-être faite au morceau « Oh Africa », fruit du featuring Hilson-Akon.

Tout comme sous d’autres cieux, à l’échelle de l’Afrique du Sud, « Waka Waka » et « Waving flag » ont séduit; assurément à cause de la diversité culturelle qu’elles véhiculent. À l’image des différentes facettes de la population sud-africaine qui est « arc-en-ciel ». Les Sud-Africains s’identifieront un peu plus à « Waka Waka » tout simplement parce qu’elle est le fruit d’une collaboration entre la star Shakira et l’un des groupes musicaux les plus célèbres au pays de Nelson Mandela, « Freshly Ground ».

Première puissance économique du continent noir, la nation arc-en-ciel a durant d’interminables décennies été minée par le sordide mal qu’a été l’apartheid, un mal qui a entre autres legs la création de Soweto (South Western Township) et d’une mer d’injustices sociales vis-à-vis de la majorité noire. Dans un tel contexte, ce n’est pas tous les jours qu’on voit Blancs et Noirs fêter collégialement autour d’une passion commune, fût-elle sportive; car le football (appelé ici « soccer ») a longtemps été la discipline favorite des Noirs de l’Afrique du Sud, quand les Blancs s’adonnaient à la pratique du rugby.

Manu Dibango, est un musicien camerounais  né le 12 décembre 1933 à Douala.Le 3 février 2009, il décide d'attaquer les maisons de disque de Michael Jackson et Rihanna (Sony BMG, Warner et EMI) pour avoir utilisé sans autorisation le thème de Soul Makossa.

Manu Dibango, est un musicien camerounais né le 12 décembre 1933 à Douala.Le 3 février 2009, il décide d’attaquer les maisons de disque de Michael Jackson et Rihanna (Sony BMG, Warner et EMI) pour avoir utilisé sans autorisation le thème de Soul Makossa.

C’est dire que voir une Blanche comme Shakira esquisser des pas de danse africaine (qui rappellent la riche historiographie du peuple zoulou) sur une world music est déjà un évènement au pays le plus riche du continent noir. Il en va de même pour la tenue traditionnelle et les colliers utilisés par Shakira pour tourner le clip de l’hymne du Mondial 2010. Sans compter le décor melting-pot dans lequel les différents figurants du clip de « Waka Waka » apparaissent. Même si Johnny Clegg (surnommé à juste titre le « zoulou blanc ») a coloré en « Blanc » la musique sud-africaine à partir des trois dernières décennies du 20e siècle en dénonçant dans ses textes et mélodies des pratiques ségrégationnistes sur sa terre d’adoption.

« Waka Waka » constitue par ailleurs une victoire pour les musiques africaines parce qu’elle ramène au-devant de la scène médiatique internationale un tube, déjà baptisé « Waka Waka », d’un célèbre groupe de gendarmes camerounais, « Zangaléwa ». D’ailleurs, sur la base des recettes de droits d’auteur que verse la maison de production de Shakira, Sony, à « Zangaléwa », ses membres ont décidé de quitter leur retraite en reprenant le chemin des répétitions et de la préparation des grandes sorties scéniques. Après la reprise polémique de « Soul Makossa » (de Manu Dibango, second tube de l’histoire des musiques africaines derrière « Pata pata ») par Michael Jackson, qui a été adapté par « mama-se, mama-sa, ma-ma-ko-ssa », « Waka Waka » version Sony rappelle tout simplement aux Africains qu’ils possèdent plusieurs créneaux pour éblouir le reste du monde. Un peu comme la belle Shakira le rappelle dans l’hymne de la Coupe du monde 2010 de la FIFA à travers des phrases comme « It is time for Africa » ou encore « This is Africa ». Alors, « stand up » Africans…

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