On retrouve des statues de Simon Bolivar dans la plupart des grandes villes d'Amérique hispanophone, mais aussi à New York, Lisbonne, Paris, Londres, Bruxelles, Le Caire, Tokyo, Québec, Ottawa, Alger, Madrid, Téhéran, Barcelone, Moscou, Prague et Bucarest

Les Loangos ou Bantous d’Afrique centrale et Simón Bolívar

Après la pénétration portugaise en Afrique en 1415 à Ceuta, dans la période des expéditions et l’arrivée du commerçant portugais Diego Cão en 1482 dans le port naturel de Mpinda dans la province de Soyo du Royaume Kongo en Afrique centrale, le puissant royaume de Kongo Dia Ntotila avait établi une relation égalitaire d’amitié avec le Royaume du Portugal en 1485 lors du deuxième voyage de Diego Cão.

«Le passé ne passe jamais. C’est notre conscience qui le refoule souvent par ignorance ou par intérêt » avait déclaré Matondo Kubu Ture, sociologue du Congo Brazzaville. C’est dans cette perspective que je parlerai des faits historiques esclavagistes des Loangos au Venezuela avec Simón Bolívar.

On retrouve des statues de Simon Bolivar dans la plupart des grandes villes d'Amérique hispanophone, mais aussi à New York, Lisbonne, Paris, Londres, Bruxelles, Le Caire, Tokyo, Québec, Ottawa, Alger, Madrid, Téhéran, Barcelone, Moscou, Prague et Bucarest

On retrouve des statues de Simon Bolivar dans la plupart des grandes villes d’Amérique hispanophone, mais aussi à New York, Lisbonne, Paris, Londres, Bruxelles, Le Caire, Tokyo, Québec, Ottawa, Alger, Madrid, Téhéran, Barcelone, Moscou, Prague et Bucarest

En effet, cette relation égalitaire qui a commencé en 1485 entre les royaumes de Kongo et du Portugal, la paix n’avait pas duré, car à partir de 1501 avait commencé officiellement le commerce transatlantique des Kongos fait par les Portugais, selon le professeur Georges Balandier dans son livre: « La vie quotidienne au Royaume du Kongo des XVIe-XVIIIe siècles », Paris, Hachette 1962. Il faut dire que le Royaume Kongo et vassaux avaient été l’un des grands fournisseurs d’esclaves sinon le premier durant tout le commerce triangulaire. À cette époque, les Bantous asservis ont été dirigés vers le Brésil et les îles de Sao Tomé-et-Principe.

À partir de 1510, le roi d’Aragon (nord de l’Espagne actuelle) demanda aux commerçants portugais basés en Afrique centrale impliqués dans le commerce transatlantique de fournir 200 esclaves par an aux colonies espagnoles d’Amérique. Et en 1518, un autre souverain espagnol Charles I connu sous le nom de Charles Quint (d’Hambourg)  promulgua l’asiento, ce droit ou cette autorisation officielle qui donnent aux marchands portugais d’esclaves à vendre des esclaves africains dans les colonies espagnoles d’Amérique. Plus tard, les Pays-Bas fourniront également des Loangos asservis à ces colonies espagnoles d’Amérique.

Dans ce contexte, des milliers de Bantous, esclaves du Royaume de Kongo Dia Ntotila et vassaux (royaumes de Loango, Ngoyo et Kakongo) soit environ 5 à 10.000 personnes réduites en esclavage par année, ont été déportés dans les provinces du Venezuela et de Maracaibo (Venezuela actuel) et dans d’autres colonies espagnoles et portugaises d’Amérique.

Ainsi, selon le professeur cubano-vénézuélien José Millet de l’Université Simón Bolívar (USB), à l’arrivée sur la côte du Venezuela, il y a une île au nom des Caraïbes (dans l’état actuel de Falcón), qui a été le dépôt de Loangos d’Afrique et d’autres groupes africains. Ils ont ensuite été disséminés sur le continent, peuplant les côtes de l’état actuel de Falcon. D’autres Loangos ou Bantous réduits en esclavage ont été transportés en grande partie dans la région Barvolento où se concentrent aujourd’hui les communautés afro-descendantes et les traditions ancestrales les plus importantes dans l’état actuel de Miranda et d’autres ont été transportés dans la région de Caracas (capitale actuelle du Venezuela).

Et comme toujours dans toute l’histoire esclavagiste, il y avait eu des révoltes pour retrouver la liberté. Les esclaves Loangos ou Bantous, une fois arrivés au Venezuela, avaient également commencé des rébellions pour se libérer de l’esclavage. Mais avant d’aborder ce sujet, il est important de rappeler que le mot « Loango » est un terme générique utilisé au Venezuela et en Guyane néerlandaise pour désigner des esclaves qui étaient venus d’Afrique centrale en particulier des cotes Kongo et de leurs vassaux. Par exemple dans l’île de Curaçao, les esclaves de l’Afrique centrale étaient appelés «Loangos Noirs». Donc plusieurs esclaves avaient le nom de « Loango » comme nom de famille, exemple : Francisco Loango, Manuel et Simón Loango dans l’histoire coloniale du Venezuela, selon Alain CHARIER dans son livre intitulé « Le Mouvement au Noir Venezuela: Revendication Identitaire et Modernité. 2000, p.160 ). En 1749, il y eut une révolte d’esclaves dirigée par un certain Miguel Loango à Caracas.

Dans l’état actuel de Falcón, il y avait un soulèvements massif d’esclaves, dont le plus important fut le 10 mai 1795, qui mettait en scène les descendants africains contre la domination impériale de l’Espagne au Venezuela. Parmi les révoltés, il y eut en premier lieu: le Zambo José Leonardo Chrino et le capitaine Brown Jozeph Charidad Gonzalez, chef du bataillon Kongo ou Loango. Ce dernier s’était échappé de Curaçao près du territoire de Falcón. Et deuxièmement, il y avait plusieurs groupes d’Africains et d’afro-descendants esclaves.

Falcón est lié dans l’histoire des différentes rébellions des Africains et afro-descendants Loangos et d’autres groupes africains réduits en esclavage dans le Venezuela colonial.

Parlons maintenant de Simón Bolívar avec ses soldats africains et afros descendants dont les Loangos ou Bantous dans la lutte pour la libération esclavagiste et coloniale.

 

Il est nécessaire de dire que le destin de Simón Bolívar s’était très tôt confondu, dans son enfance, avec celui des Africains et afro-descendants qui ont été réduits en esclavage dans les propriétés de sa famille, dont une qui se nommait Hipolita Bolívar qui l’avait allaité et une autre au nom de Matea Bolívar qui lui avait appris beaucoup de choses dans son enfance, une sorte d’éducatrice.

Et Bolívar avait reconnu dans une lettre à sa soeur le rolle de la première esclave (qui n’était pas considérée totalement comme une esclave, mais comme un membre de la famille) comme la personne qui avait nourri sa vie et avait reconnu la seconde comme «sa mère et son père». Cette dernière l’accompagnera dans différentes batailles plus tard. Ces destins croisés de Bolívar avec des Africains et des Afro-descendants s’est poursuivis dans les luttes de libération d’une grande partie de l’Amérique latine.

Après avoir grandi, étudié au Venezuela et en Espagne puis épousé María Teresa jusqu’à la mort de celle-ci le 22 janvier 1803, le jeune Bolívar a choisi de voyager pour la deuxième fois en Europe dans un voyage en 1805. C’est cette année que Bolívar promis solennellement à Rome, en Italie, devant son ancien enseignant et devant le cousin de sa défunte épouse, de lutter contre les Espagnols afin de libérer sa patrie.

Ainsi, au milieu de 1807, lorsque Bolívar revint à Caracas, il y trouva une ville en plein bouleversements politiques sous l’instabilité de la Couronne espagnole. De là, il se lança dans différents luttes et de traités pour réaliser l’indépendance d’une grande partie de l’Amérique latine comme le Venezuela, la Colombie, la Bolivie, l’Équateur, le Panama et le Pérou.

Dans ces luttes et combats, Bolívar en libérant les pays de la domination espagnole, avait dans ses troupes, des groupes Noirs Kongo ou Loangos ou des personnes d’origine du royaume du Kongo d’Afrique centrale (actuelle République du Congo, République démocratique du Congo, l’Angola et le Gabon), qui étaient des esclaves vénézuéliens et haïtiens, lorsque Bolívar enfui d’Haïti.

Ce sont ces Kongo haïtiens et vénézuéliens qui ont aidé Simon Bolívar dans son combat contre l’envahisseur espagnol. Ces troupes africaines Kongo et d’autres groupes africains avaient combattu en 1816 depuis le port de Jacmel, et obtenu l’indépendance des 5 pays espagnols. Le 17 décembre 1830, Bolivar meurt à Santa Marta, en Colombie, après avoir souffert de la tuberculose. Matea Bolivar partagera avec la famille du héros mort, la grande tristesse qui les avait accabla. À un âge très avancé, cette dame assista au second enterrement du Libérateur en 1842 aux côtés du président de l’époque de Venezuela, José Antonio Paez.

Les gens à Caracas avaient été surpris par la longévité de Matea Bolivar, qui avait accompagné aussi le Président, Antonio Guzman Blanco, quand ils avaient déplacé les restes de Bolívar de la cathédrale de Caracas pour le Panthéon national le 28 octobre 1876. Matea avait alors 103 ans .

Et il est important de mentionner que ces deux anciennes esclaves de la famille Bolívar à savoir Hippolyta Bolivar et Matea Bolívar sont entrées en mars 2017 au Panthéon national du Venezuela à côté de Bolivar à Caracas, grâce à la volonté du gouvernement bolivarien actuel. Très rare événement dans l’histoire des Amériques de voir des esclaves noirs dans le panthéon national d’un pays, c’est peut-être le premier cas aux Amériques. Car comme nous le voyons déjà que le système raciste fait que plusieurs Afrodescendants qui avaient combattu pour la liberté de ces pays n’ont pas de statues ou n’ont pas bénéficié même de débaptisation des avenues et rues en leurs noms. Ils ne figurent même pas dans les manuels d’histoire des écoles et des Universités. Il est important de saluer cette initiative du gouvernement bolivarien du Venezuela qui a élevé deux afro-descendantes dans la lignée des héroïnes nationales.

Aujourd’hui, l’héritage des Bantous d’Afrique centrale est fortement présent au Venezuela comme le démontrent les religions afrodescendantes Palo Mayombe, une tradition en provenance du bassin du Congo, qui rappelle le nom de la grande forêt équatoriale au sud de l’actuel Congo Brazzaville. Cette forêt fait partie du territoire de l’actuel royaume Loango; Birimba où il ya une divinité au nom de Loango; le carnaval de Callao dans l’état de Bolivar avec le défilé de Las madamas (les femmes habillées en tissu africain) qui évoque les femmes avec les vêtements Kongos ou encore la danse du Hamac qui se remémore des danses Kongo.

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  1. Mère Evé
    Mar 23, 2018 - 03:14

    Merci pour cet article. Il est aussi intéressant d’explorer la rencontre de Pétion et Bolivar sur l’Ile de Margarita (Vénézuela), où Pétion promis d’engager des troupes de de soutien à Bolivar s’il s’engageait à libérer les esclaves sur le sol vénézuelien.

    Répondre

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