Une finale entrée dans l’histoire pour les mauvaises raisons
Il est des matchs que l’on n’oublie pas, mais rarement pour les motifs que l’on espérait. La finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 restera de ceux-là. Le 18 janvier 2026, au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, le Sénégal et le Maroc s’affrontaient devant un pays hôte en transe. Sur le terrain, ce sont les Lions de la Teranga qui ont eu le dernier mot.
Le scénario, lui, fut digne d’un roman. Alors que le score était nul dans le temps additionnel, l’arbitre accorde un penalty au Maroc. L’arbitre Jacques Ndala Ngambo a donné un penalty aux Marocains, une décision mal prise par les Sénégalais qui ont quitté le terrain pendant une vingtaine de minutes avant de faire leur retour sur la pelouse; derrière, Brahim Diaz a vu son penalty être arrêté par Édouard Mendy et Pape Gueye a offert une victoire 1-0 au Sénégal.
Pour le Sénégal, ce sacre avait une saveur particulière. Sadio Mané a soulevé la coupe remise par Patrice Motsepe, président de la CAF, remportant sa deuxième CAN après celle du Cameroun en 2021. Le capitaine confirmait au passage sa place dans la légende : en demi-finale contre l’Égypte, son but à la 78e minute a fait de lui le joueur le plus décisif en Coupe d’Afrique au XXIe siècle, avec onze buts et neuf passes décisives.
Le tapis vert qui a tout renversé
L’histoire aurait pu s’arrêter à Dakar et dans le 18e arrondissement de Paris, où la communauté sénégalaise a laissé éclater sa joie. Mais le football africain en a décidé autrement. Deux mois après avoir subi une lourde désillusion, le Maroc remporte la deuxième Coupe d’Afrique des Nations de son histoire : le jury d’appel de la CAF a déclaré l’équipe nationale du Sénégal forfait, le résultat étant homologué sur le score de 3-0 en faveur de la Fédération Royale Marocaine de Football.
La décision repose sur une lecture stricte du règlement. Le score étant de 0-0 au moment de l’interruption, le règlement prévoit une défaite par forfait, et le match est donc attribué au Maroc sur le score de 3-0. Une construction juridique contestée : la décision a été rendue à la majorité des cinq membres du jury, avec une voix dissidente.
Du côté sénégalais, l’incompréhension domine. Selon une source interne à la FSF, les lois du jeu n’auraient pas été respectées dans ce verdict, aucune réserve technique n’ayant été formulée par la partie marocaine au moment de la reprise du jeu, et le rapport du match n’indique aucune réserve déposée avant la reprise.
Une bataille qui se joue désormais à Lausanne
L’affaire a quitté les pelouses pour gagner les prétoires. Enregistré par le TAS le 25 mars 2026, l’appel sénégalais conclut à ce que la décision de la CAF soit annulée et que la FSF soit déclarée vainqueur de la CAN. Saisi par la Fédération sénégalaise de football, le TAS a accordé jusqu’au 7 mai 2026 à la Fédération Royale Marocaine de Football pour déposer son mémoire en défense.
Le calendrier reste incertain et le verdict pourrait se faire attendre. Le verdict du TAS pourrait n’intervenir que dans un délai de 9 à 12 mois, une temporalité qui fige une situation pour le moins inconfortable : les Lions de l’Atlas aborderont le Mondial 2026 avec le statut de champions d’Afrique, alors même que cette affaire ne sera pas encore définitivement jugée. En attendant, le statu quo demeure : dans l’attente de la suite de la procédure, le Maroc conserve officiellement le titre de champion d’Afrique attribué à l’issue de la CAN 2025.
Au-delà de la polémique, une édition record
Il serait injuste de réduire cette CAN à son épilogue judiciaire. Sur le plan de l’organisation et de l’économie du sport, l’édition marocaine a marqué les esprits. Pour la deuxième fois de son histoire, après 1988, le Maroc a accueilli la 35e édition de la CAN, du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, avec la participation de 24 équipes. L’instance continentale a qualifié cette édition de meilleure de l’histoire de la compétition, tant sur le plan organisationnel que par le nombre de records battus.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le nombre de sponsors est passé de 9 lors de la CAN 2021 au Cameroun à 23 partenaires au Maroc en 2025, et pour la première fois dans l’histoire du tournoi, les matchs se sont déroulés dans 9 stades répartis sur 6 villes. La CAF a annoncé une hausse de 90 % des revenus par rapport à l’édition précédente. Cette montée en puissance n’a toutefois pas effacé les tensions sociales : fin septembre 2025, une série de manifestations menées par des jeunes se faisant appeler la Génération Z 212 ont éclaté, motivées notamment par les dépenses publiques excessives consacrées aux infrastructures sportives en vue de la CAN 2025 et du Mondial 2030.
Pourquoi cette saga résonne jusqu’au Canada
Pour le lectorat canadien francophone, ce feuilleton n’a rien d’anecdotique. Les diasporas sénégalaise et marocaine sont solidement implantées à Montréal, à Laval ou à Ottawa, et la CAN demeure un rendez-vous identitaire majeur, vécu dans les cafés et les salons familiaux. Voir deux nations africaines, deux fiertés noires et maghrébines, se disputer un trophée dans de telles circonstances ne laisse personne indifférent.
Au-delà du clivage, c’est une question de gouvernance sportive qui se pose. Le football africain, devenu une puissance commerciale et un vivier de talents mondiaux, peut-il se permettre de voir son trophée le plus prestigieux suspendu pendant des mois à une procédure d’arbitrage international? La réponse du TAS pèsera lourd. Elle dira si le sport tranche encore sur la pelouse, ou s’il se décide désormais dans les salles d’audience de Lausanne. Une chose est sûre : qu’il revienne finalement à Dakar ou demeure à Rabat, ce titre aura déjà écrit l’une des pages les plus singulières de l’histoire du ballon rond africain.
A lire aussi
A découvrir ... Sports
Cinq ans après George Floyd : le sport mondial à l’heure des bilans
À la veille du cinquième anniversaire des obsèques de George Floyd, le monde sportif s'interroge sur la portée réelle des …
Les Roses dévoilent leur équipe technique 2026
LE CLUB RENFORCE SON PERSONNEL EN VUE DE SA DEUXIÈME SAISON Montréal, le 26 février 2026 - Les Roses de Montréal …
Ismaël Diouf sélectionné premier au total par l’Alliance de Montréal au repêchage de la LECB
L’Alliance de Montréal, équipe de basketball professionnelle de la Ligue élite canadienne de basketball (LECB), amorcera sa troisième saison en …












