Cécile Kyenge Kashetu, Ministre de l’intégration (Italie)

Négrophobie flagrante : silence intrigant des élites européennes

Mme Cécile Kyenge Kashetu, Italienne noire, est une brillante femme politique, militante active et de longue date pour la défense des droits de l’homme, défenseure acharnée des personnes les plus vulnérables, par lesquelles les personnes d’origine étrangère.

Cécile Kyenge Kashetu, Ministre de l’intégration (Italie)

Cécile Kyenge Kashetu, Ministre de l’intégration (Italie)

Très active depuis plus de dix ans au niveau municipal et provincial de sa province de Modane, son travail militant vient d’être récompensé en avril 2013, par sa désignation au poste de Ministre du Gouvernement italien responsable de l’intégration et de l’emploi des jeunes. C’est donc la première femme noire désignée à ce poste en Italie. Il faut néanmoins se rappeler Jean Léonard Touadi, journaliste, intellectuel émérite et professeur d’université avait déjà montré la voie en 2008 ne devenant le premier Afro-italien Député.

Campagne de haine contre un symbole de la défense des droits humains et d’une Italie plurielle.
Depuis sa prise de fonction, Mme Kyenge fait l’objet d’attaques, d’injures racistes, et même d’un appel au viol et de jets de banane de la part de plusieurs personnalités dont des élus politiques italiens aux conseils communaux locaux, parlement et sénat italien ou au parlement européen. Il s’agit d’un cas manifeste d’Afrophobia (comme on dit chez les anglo-saxons), de négrophobie (comme qualifié en France). C’est la répulsion envers les Noirs, d’un racisme lié à l’origine (Afrique subsaharienne), à la couleur de la peau (peau noire ou qui s’y rapproche)… c’est un racisme anti noir, qui englobe les Européens Noirs et les personnes de descendance africaine (noire) vivant en Europe.

En effet, parmi certains de ces propos offensants, dégradants et humiliants : « guenon congolaise », « zoulou », « noire antiItalienne », « une étrangère dans ma maison» (…) les Africains n’avaient pas « produit de grands gènes », « orang-outang » (Vice-président du Sénat Roberto Calderoli)… Des bananes ont été jetées dans sa direction lors d’une réunion politique dans la ville de Cervia. Très peu de médias ont également mentionné le fait qu’à Cervia, un groupe d’extrême droite Forza Nuova avait organisé un défilé de mannequins bariolés de sang[1] en opposition au projet d’introduire de droit du sol pour l’acquisition de la nationalité italienne. De même, des plaquettes distribuées dans la ville portaient le slogan de Forza Nuova « Immigration kills » (L’immigration tue) en rapport avec les récents crimes d’un psychopathe africain; les auteurs de ces tracts ont oublié les meurtres racistes de Florence et d’ailleurs envers les Africains et étrangers. Mme Cécile Kyenge aurait même reçu des menaces de mort si elle se rendait au rallye annuel de la Ligue du Nord. Elle a finalement décliné cette invitation pour absence de garantie de la part de M. Maroni, le Président de ce parti)[2].

Il faut se rappeler qu’au Championnat du monde raciste des cris de singes et de jets de bananes sur les joueurs noirs lors des matches de football, l’Italie est championne, talonnée certainement par l’Espagne, la Grande-Bretagne et la France… Les précurseurs de la droite « décomplexée » en Italie, MM. Berlusconi, Bossi et ses comparses de la Ligue du Nord y sont certainement pour la banalisation du racisme et de la négrophobie. Même l’italien Mario Balotelli, le brésilien Roberto Carlos, le Camerounais Samuel Eto’o, le français Lilian Thuram, le sénégalais Demba Ba, le Ghanéen Kevin Prince Boateng, le Togolais Emmanuel Adebayor, et bien d’autres talentueux joueurs de football Noirs, en savent quelque chose… ; les cris de singe faisant partie du jeu (part of the game) selon les partisans des clubs italiens[3].

Le contexte européen sur la situation du racisme décrit par le rapport 2011-2012 de l’ONG ENAR (700 ONG) n’est pas reluisant, puisqu’il reconnaît « qu’en Europe, les communautés les plus exposées à la discrimination et au racisme continuent d’être les migrants et les autres minorités ethniques, plus particulièrement les Africains noirs et les Roms »[4].

Silence complice, indifférence ou approbation? Trouble identitaire?
Une exception et une mention spéciale à la presse écrite qui a longuement informé sur les propos et actes racistes contre Cécile Kyenge, les élites politiques et intellectuelles sont restées très discrètes, pour ne pas dire aphones.

Le slogan de Forza Nuova « Immigration kills » (L’immigration tue)

Le slogan de Forza Nuova « Immigration kills » (L’immigration tue)

Mais à part quelques communiqués de presse comme celui d’ENAR[5], la plupart d’associations européennes des droits de l’homme et de lutte contre le racisme n’ont entrepris aucune action d’envergure (manifestation et protestation devant le parlement et sénat italien,  ou devant les Ambassades d’Italie; débats télévisés; émissions spéciales, procédure judiciaire…). Où sont ces associations de défense des droits des femmes? Où ces Femen européennes qui sont prompts à défendre les femmes jusqu’en Afrique? Étrange silence également de la part des instances européennes ou d’hommes et femmes politiques européens. Où sont ces hommes, femmes et partis politiques progressistes et humanistes? Où est le Vatican du progressiste Pape François, puissance morale proche voisin de l’Italie? Silence. Silence également du côté des hommes et femmes politiques africains et d’organisations panafricaines…

Silence. Silence. Où sont ces grands donneurs de leçons aux pays africains ne respectant pas les droits de l’Homme? Où sont-ils? Où sont-ils donc?

Comment comprendre que la police italienne n’ait pas pu assurer efficacement la sécurité de Mme Cécile Kyenge qui a échappé à des jets de bananes le 27 juillet lors d’un meeting de son parti dans la ville de Cervia, ni arrêter le ou les coupables de ce geste[6]?

Il faut reconnaître que M. Berghozio a finalement été exclu de son groupe parlementaire droitier Europe de la liberté et de la démocratie (EFD) le 21 mai, et cette exclusion a été confirmée lors de la session parlementaire du 6 juin[7]. Mais les raisons réelles de cette exclusion ne sont pas seulement liées à ses coups de gueule racistes, M.Berghozio était devenu, selon les dires d’un des responsables, un « cauchemar (Nightmare)» pour le groupe EFD[8] ; pour l’intéressé, son exclusion vient de sa bataille « contre les superpouvoirs financiers », L’Ukip (dont un des membres a demandé l’exclusion de Berghozio), donné à 15 % dans les sondages au Royaume-Uni, serait « financé par la City »[9]. Il faut se souvenir qu’en juin 2011, M. Berghozio Mario Borghezio a été frappé et arrêté par les forces de sécurité du Groupe Bilderberg alors qu’il tentait d’entrer de force dans la réunion afin de protester contre l’agenda globaliste secret du groupe[10]. Pour mémoire, M. Berghozio avait déjà échappé à une exclusion du parlement européen il y a deux ans pour des propos favorables au tueur raciste d’Oslo Anders Behring Breivik, meurtrier le 22 juillet 2011 de 69 jeunes du parti du travail norvégien.

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