Malgré cet attachement de certains aux pratiques éthiopiennes, les traditions religieuses des Juifs Noirs d'Éthiopie semblent rapidement reculer, combattues par le rabbinat et le mode de vie israélien. La grande majorité des élèves issus de l’immigration ont été pris en charge par le réseau scolaire religieux d’État, lequel promeut les pratiques juives « orthodoxes ».

Les Falashas ces Juifs Noirs d’Éthiopie

L’hypothèse chrétienne

D’après cette hypothèse, les Juifs Noirs seraient issus de groupes chrétiens fondamentalistes ne considérant comme authentique que le Pentateuque et rejetant le reste de la Bible, en particulier le Nouveau Testament. De telles attitudes sont connues dans d’autres groupes : Subbotniks russes ou Black Hebrews américains. Un rejet de la religion dominante aurait été facilité par le refus du pouvoir impérial par les populations du Nord, pouvoir légitimé par la religion copte.

Plusieurs éléments corroborent cette hypothèse :

  • le caractère déjà très judaïsant du christianisme copte éthiopien : respect du Sabbat, circoncision, interdits alimentaires, origine supposée juive de la dynastie chrétienne. Cette forte légitimation de l’Ancien Testament a peut-être incité certains à relativiser puis à rejeter le Nouveau Testament.
  • l’origine chrétienne de la version du Pentateuque utilisée par les Beta Israël, et l’utilisation du guèze comme langue liturgique,
  • la présence de moines, de prêtres (Kés), et non de rabbins,
  • la non-utilisation du nom traditionnel « Juif », de certaines fêtes juives, l’absence des symboles juifs traditionnels comme l’étoile de David, l’ignorance du terme « synagogue », remplacé par un dérivé de « Mosquée ».
Les jeunes générations nées ou grandies en Israël  réussissent mieux leur insertion dans le tissu économique israélien, grâce à une éducation « moderne », mais les niveaux de formation constatés restent en moyenne plus modestes (en 2000, le taux de réussite au bac était de 33 %, contre 45 % pour la jeunesse juive en général), et freinent l’apparition d’une véritable classe moyenne d’origine éthiopienne.

Les jeunes générations nées ou grandies en Israël réussissent mieux leur insertion dans le tissu économique israélien, grâce à une éducation « moderne », mais les niveaux de formation constatés restent en moyenne plus modestes (en 2000, le taux de réussite au bac était de 33 %, contre 45 % pour la jeunesse juive en général), et freinent l’apparition d’une véritable classe moyenne d’origine éthiopienne.

En l’absence de preuves formelles, les deux hypothèses subsistent.

Malgré les contacts épisodiques avec l’Occident , le reste du monde n’a vraiment connaissance de leur existence que lorsque les Beta Israel entrent en contact avec des missionnaires protestants de la « London Society for Promoting Christianity Among the Jews » (1859). Cette société s’était spécialisée dans la conversion des Juifs. L’annonce de son implantation dans le Nord de l’Éthiopie, sous la direction d’un Juif converti du nom de Henri Aaron Stern, suscite une certaine émotion dans le monde juif occidental. Plusieurs rabbins proclament en réaction la judaïté des Beta Israel, et l’Alliance israélite universelle décide d’une contre mission en Éthiopie, dont est chargé Joseph Halévy en 1867-1868.

Halévy fait un rapport très favorable aux Beta Israel. Il demande la mise en place d’écoles juives, et propose même de « ramener en Palestine des milliers de colons falashas », une douzaine d’années avant la formation de la première organisation sioniste.

En 1904, Jacques Faitlovitch, Juif et ancien élève de Joseph Halévy à l’École des hautes études de Paris, décida de mener une nouvelle mission dans le Nord de l’Éthiopie. Il obtient un financement du philanthrope juif Edmond de Rothschild.

Suite à son voyage, Faitlovitch mène une intense activité, avec trois objectifs :

  • faire reconnaître les Beta Israel comme Juifs ;
  • faire accepter aux Beta Israel leur appartenance au peuple juif ;
  • « réformer » leur pratique religieuse pour la rapprocher du judaïsme orthodoxe. Il entend en particulier lutter contre les moines, les strictes règles de pureté et les sacrifices d’animaux. À ce titre, Faitlovitch va dans le même sens que les missionnaires protestants, même si l’objectif final n’est pas le même.

Lors de la création de l’État d’Israël, le grand rabbinat israélien décide de ne pas suivre ses prédécesseurs, et refuse de reconnaître comme Juifs les Beta Israel. Le gouvernement, qui n’avait pas suivi le rabbinat dans le cas des Samaritains ou des Karaïtes accepte cette position, leur refusant le droit d’immigrer en Israël. Cette position est cependant appliquée avec une certaine ambiguïté. L’Agence Juive maintient ainsi des écoles juives en Éthiopie.

Dès la fin des années 1940, on trouve quelques Falashas en Israël. Ce sont des femmes ayant épousé des soldats juifs yéménites de l’armée britannique, et quelques étudiants. En 1955, une vingtaine d’adolescents sont scolarisés à Kfar Batya, en vue de devenir enseignants en Éthiopie. La plupart y retournent effectivement au début des années 1960.

Les juifs éthiopiens ont une origine mal définie. Ils ont vécu pendant des siècles dans le Nord de l’Éthiopie, en particulier les provinces du Gondar et du Tigré. Après avoir bénéficié de petits États indépendants jusqu’au XVIIe siècle, ils ont été conquis par l'empire d'Éthiopie, et sont devenus une minorité marginalisée, à laquelle il était interdit de posséder des terres et qui était accusée d’avoir le « mauvais oeil ».

Les juifs éthiopiens ont une origine mal définie. Ils ont vécu pendant des siècles dans le Nord de l’Éthiopie, en particulier les provinces du Gondar et du Tigré. Après avoir bénéficié de petits États indépendants jusqu’au XVIIe siècle, ils ont été conquis par l’empire d’Éthiopie, et sont devenus une minorité marginalisée, à laquelle il était interdit de posséder des terres et qui était accusée d’avoir le « mauvais oeil ».

Entre 1965 et 1975 se met en place une petite émigration Beta Israel vers Israël. Elle est surtout le fait d’hommes, très peu nombreux, ayant fait des études, qui viennent en Israël avec un visa de tourisme (l’Éthiopie, pays officiellement chrétien, connaît un flux de pèlerins visitant la terre sainte), puis qui y restent illégalement. Ils trouvent sur place des sympathisants, qui les reconnaissent comme Juifs et les aident. Ces sympathisants s’organisent en association, sous la direction entre autres d’Ovadia Hazzi, Juif yéménite et ancien sergent de l’armée israélienne, marié à une Beta Israel depuis la seconde guerre mondiale. Certains obtiennent une régularisation de leur situation grâce à ces soutiens. Certains acceptent de se « convertir » au judaïsme, ce qui règle leur problème personnel, mais pas la situation de leur communauté. Les personnes qui obtiennent leur régularisation font souvent venir leur famille.

En 1973, Ovadia Hazzi pose officiellement la question de la judaïté des Beta Israel au grand rabbin sépharade d’Israël, Ovadia Yossef. Le grand rabbin, citant une décision rabbinique égyptienne du XVIe siècle, celle du Radbaz (Rabbi David ben Zimra, 1462–1572) et reprenant sa thèse selon laquelle les Beta Israel descendent de la tribu perdue de Dan, reconnaît leur judaïté en février 1973. Celle-ci est initialement rejetée par le grand rabbin ashkénaze, Shlomo Goren, qui finit cependant par s’y rallier en 1974.

En avril 1975, le gouvernement de Yitzhak Rabin accepte officiellement le caractère juif des Beta Israel, et leur ouvre le bénéfice de la loi du retour (loi permettant à tout Juif dans le monde d’immigrer en Israël).

En 2005, il y avait environ 105 000 personnes d’origine éthiopienne en Israël, dont 30 000 nées dans le pays, et 110 000 en 2009. Elles regroupent en majorité des Falashas ainsi que d’anciens Falash Mura. Ces derniers, qui seraient une trentaine de milliers en 2010, insistent généralement sur leur judaïté. Un petit groupe reste cependant chrétien, et a même des activités prosélytes vivement dénoncées par la communauté.

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