Salva Kiir (gauche) premier président de la République du Sud-Soudan et Omar el-Béchir (droite) chef de l'État du Soudan de 1989 à 1993 et président de la République du Soudan depuis 1993

Le Soudan et le Sud-Soudan dissocient leurs monnaies

Salva Kiir (gauche) premier président de la République du Sud-Soudan et Omar el-Béchir (droite) chef de l'État du Soudan de 1989 à 1993 et président de la République du Soudan depuis 1993

Salva Kiir (gauche) premier président de la République du Sud-Soudan et Omar el-Béchir (droite) chef de l’État du Soudan de 1989 à 1993 et président de la République du Soudan depuis 1993

Le président soudanais Omar el-Béchir qui contrôle le pays depuis le coup d’État militaire du 30 juin 1989 a déclaré mardi 12 juillet 2011 que le pays allait lancer une nouvelle monnaie, un jour après que le Sud-Soudan nouvellement indépendant ait affirmé qu’il ferait la même chose.  Les deux économies essaient de démêler leurs économies après la scission du Sud-Soudan.

Le Sud-Soudan a déclaré son indépendance par rapport au reste du pays, le samedi 9 juillet 2011 à l’apogée d’un accord de paix de 2005 qui s’est terminé par des décennies de guerre civile avec le gouvernement de Khartoum. Avant même son indépendance le 9 juillet, le nouvel État est reconnu par plusieurs pays : ainsi, dès le 8 juillet 2011, par l’Allemagne, les États-Unis et la Corée du Sud.

Selon les analystes, il était crucial que les deux pays coordonnent leurs nouvelles devises simultanément, afin d’éviter de futurs conflits entre les deux anciens ennemis.

Mais Elijah Malok, directeur de la banque Centrale du Sud-Soudan a déclaré qu’il n’avait pas été informé du plan de M. Béchir et la question clé est de savoir comment le sud rachèterait jusqu’à 2 milliards d’anciennes livres soudanaises qui continuent de circuler dans son économie.

Le président soudanais Omar Hassan al-Bashir a déclaré mardi que le Parlement de Khartoum vise à introduire une série de mesures d’austérité pour compenser la perte de revenus pétroliers provenant du sud.

Le Sud-Soudan a rompu avec environ 75 pour cent des 500 000 réserves de barils produits quotidiennement du pays quand il s’est séparé. Le pétrole est vital pour les deux économies. Le plan de restructuration inclurait donc selon le Président Béchir la création de cette nouvelle monnaie, mais sans donner plus de détails

Lundi le ministre des Finances Sud-Soudanais a déclaré qu’il commencerait à faire circuler la nouvelle monnaie la semaine prochaine, donc beaucoup plus tôt que prévu, avec une valeur égalant celle de la livre soudanaise existante. Selon le directeur de la Banque Centrale Sud-Soudanaise, il faudra jusqu’à 3 mois pour complètement remplacer la monnaie du nouveau pays africain, dont l’Anglais, langue de l’ancien colonisateur, est la seule qui soit reconnue officiellement selon la constitution.

Les économies du Soudan et du Sud-Soudan sont susceptibles de rester étroitement liées dans les prochaines années.  Le sud possède la majorité du pétrole, mais dépend actuellement de pipelines du nord et du port rejoindre les marchés. Ultimement, leurs économies sont appelées à se dissocier.  Sans les réserves de pétrole du sud, Khartoum affirme qu’il aura à amener lentement son économie vers l’agriculture, l’or et d’autres industries. Le Soudan fait encore face à des sanctions commerciales des États-Unis avec une dette nationale de 40 milliards de dollars.

La sécession du sud ne manque pas d'alimenter une certaine inquiétude au sein de la population quand à l'avenir du pays. Jusqu'ici, le gouvernement central profitait des ressources pétrolières du sud (qui assurait 85 % de la production nationale) pour, « acheter » la paix civile avec les différents groupes rebelles qui sévissaient dans le nord. Avec des revenus en baisse, il lui sera difficile de poursuivre ce type de politique. Ainsi, selon Fouad Hikmat, analyste à l'International Crisis Group : « Dans un an, si le NCP (le Congrès national au pouvoir à Khartoum) ne change pas, n'adopte pas une nouvelle approche plus fondée sur l'intégration que sur la sécurité, le Soudan va affronter de sérieux problèmes ». Cette manne pétrolière permettait également de limiter les conséquences économique de la crise en jugulant l'inflation, garantissant une certaine « paix sociale ».

Jusqu’ici, le gouvernement central profitait des ressources pétrolières du sud (qui assurait 85 % de la production nationale) pour, « acheter » la paix civile avec les différents groupes rebelles qui sévissaient dans le nord. Avec des revenus en baisse, il lui sera difficile de poursuivre ce type de politique. 

L’analyste économique Abda al-Mahdi a déclaré que l’introduction d’une nouvelle monnaie au nord pourrait avoir un effet perturbateur sur le sud. « Il peut avoir un impact, mais la monnaie ne sera pas introduite la nuit… Il sera progressivement échangé, pour ainsi considérablement réduire la menace.»

Selon Abda al-Mahdi l’annonce du président Bashir ressemblait à un acte défensif, en réaction aux plans du sud d’avoir leur propre monnaie.

Khartoum et Juba devront encore s’entendre sur un large éventail de questions telles que la manutention des revenus pétroliers, les actifs et les dettes ainsi que mettre fin aux violences dans certaines parties de leur frontière mal définie.

Les dissensions entre le nord du Soudan musulman et le sud où dominent chrétiens et animistes sont apparues au lendemain de l’indépendance du Soudan anglo-égyptien proclamée en 1956. Après un conflit sanglant (2 millions de morts recensés) alimenté par l’appartenance ethnique, la répression perçue du sud, la religion et de pétrole,  qui provoquera également le déplacement de 4 millions de civils et désorganisera la production vivrière au point de déclencher une terrible famine en 1998, un cessez-le-feu est signé entre les protagonistes en 2002, consolidé trois ans plus tard, le 9 janvier 2005, par un accord de paix signé à Naivasha, au Kenya.

L’accord de paix signé à Naivasha (Kenya), le 9 janvier 2005, accorde au Sud-Soudan une large autonomie pendant 6 ans, période au bout de laquelle les habitants de la région doivent être conviés à un référendum d’autodétermination.

Près de trois millions de personnes se sont inscrites sur les listes électorales pour cet évènement. En prévision de celui-ci, plus de 50 000 Sud-Soudanais installés jusqu’ici au nord sont déjà définitivement retournés dans leurs villages d’origine. Face aux suffrages qui approuvent massivement l’option « sécessionniste », le Président soudanais el-Béchir a annoncé plusieurs fois qu’il s’inclinerait devant le verdict des urnes.

Lors de la clôture du scrutin, le taux de participation était évalué à plus de 80 % des électeurs inscrits, alors qu’un taux de 60 % avait été préalablement fixé pour valider les résultats du vote. Les résultats définitifs validés par la Commission référendaire chargée d’organiser le scrutin donnent le « oui » gagnant par 98,83 %.

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