Cap-Haïtien: sable blanc et santé sous surveillance

Je reviens d’un voyage en  Haïti. En fait au Cap-Haïtien, deuxième ville du pays. Avant de vous en parler, je vous propose un survol de mon parcours pour que vous me compreniez un peu. Je suis haïtienne. Dans l’âme. J’ai immigré au Canada en 2005.

A l’époque, j’avais une jeune famille et les rapts d’enfants faisaient rage en Haïti. Je suis médecin et je me débrouillais plutôt bien avec une carrière montante. Chaque patient qui franchissait la porte de mon cabinet me demandait à quand viendrait mon tour d’être victime d’un kidnapping. J’exagère peut-être un peu mais à peine. Nous sommes donc partis. Toute la famille. Une fuite en avant. Sans demander notre reste. Mon mari est canadien et du coup mes enfants aussi. J’avais donc la possibilité de rester avec eux en attendant la régularisation de mes papiers. Et j’ai repris mes examens de médecine et le parcours pour pouvoir pratiquer mon métier.

Le monument de Vertières symbolisant la bataille décisive pour l'indépendance d'Haïti qui eut lieu le 18 novembre 1803.

Le monument de Vertières symbolisant la bataille décisive pour l’indépendance d’Haïti qui eut lieu le 18 novembre 1803.

Je retourne à mon récent voyage. J’arrive donc au Cap, début mars 2016. Et je pose sur la ville un regard ambivalent. C’est la deuxième ville du pays comme je vous l’ai dit. Une ville qui s’enorgueillit de plusieurs hauts faits ayant mené a l’Indépendance d’Haïti en 1804. Notamment d’une bataille dans la localité de Vertières, qui aura joué un rôle décisif dans la lutte contre les colons français. Un monument se dresse à cet endroit pour rappeler à tous ce qui s’y était passé.

Aujourd’hui, sans vouloir dénigrer l’histoire racontée dans nos livres, je me demande d’une manière toute simpliste si les français ne se sont pas juste fatigués de combattre des hordes d’esclaves sans cesse révoltés et ont foutu le camp les laissant ensuite se déchirer entre eux. Les avons-nous vraiment butés hors de la colonie ? bref…

Mon propos actuel n’est pas de vous relater la beauté des plages de sable blanc ni du ciel bleu. Pour cela, vous pouvez voir les photos de Labadee sur Trip Advisor. Je ne vous parlerai pas non plus de la succulente cuisine créole que j’ai eu tant de plaisir a retrouver. Non. Mon regard au cours de ce voyage s’est arrêté sur la pauvreté de la population qui m’a une fois de plus touchée. Une fois de trop. Je me suis rappelée pourquoi après mon diplôme , j’ai offert mes services presque gratuitement a l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti. Et je cherche depuis un moyen aussi petit soit-il pour me remettre au service des miens. Pour faire taire un certain remord d’avoir tout pris de ce pays et d’en être partie avant d’avoir fait ce que je considère être ma part.

Dans le domaine que je connais le mieux, et qui est celui de la santé, je me suis attristée de voir dans quel état piteux et insalubre se trouvaient les structures. Je ne pose pas la question du pourquoi. Je ne veux faire de procès à personne. Je me contente de faire un constat. Le principal hôpital de la ville, l’Hôpital Justinien, grouille de marchands ambulants installés dans sa cour. Je ne critique pas ceux qui travaillent sur place qui doivent faire de leur mieux pour délivrer des soins avec les maigres moyens qui sont à leur disposition.

Les quelques autres structures que j’ai pu voir sont privées. Plusieurs d’entre elles ont d’un hôpital juste le nom. S’il fallait mettre des normes, je ne sais pas à quelle catégorie elles appartiendraient. Et pourtant, les besoins sont énormes. Que dis-je la ? GIGANTESQUES.

Des groupes de missionnaires surtout américains et canadiens sont la régulièrement pour effectuer des cliniques mobiles gratuites.

Par le biais d’ un avocat très connu du pays, j’ai appris que le taux de l’infection au VIH-SIDA dans la région appelée « la bande du Nord » et qui est un regroupement de villages au Nord du Cap-Haïtien, frôlait 60% (un chiffre qui est à vérifier car il proviendrait des compagnies d’assurance privées qui fournissent leurs services aux syndicats des employés travaillant pour les compagnies de croisières faisant escale à Labadie. )

60% i.e. que sur 100 habitants, 60 sont testés séropositifs. Si nous ramenons le chiffre à 10, cela veut dire que 6 personnes sont infectées. Imaginez- vous la catastrophe que cela représente si ce chiffre est réel ?

Les facteurs responsables d’une telle statistique sont multiples. J’ai tenté d’y réfléchir avec quelques personnes sur place. Plusieurs hommes de la population sont employés par la compagnie de croisière et sont plutôt bien rémunérés.

  • Culturellement en Haïti, un homme qui gagne bien sa vie est la cible des femmes quel que soit le niveau social ou l’éducation. Ceci est encore plus vrai dans les classes défavorisées. Et pour l’homme, avoir plusieurs femmes est un symbole de réussite.
  • L’éducation sur le SIDA est répandu certes, mais dans un pays ou l’on se bat pour sa survie au jour le jour, comment perçoit-on une maladie qui tue à petit feu plusieurs années plus tard ?
  • La croyance vaudou y joue aussi un rôle à un pourcentage que nous ignorons. Plusieurs croient que le VIH-SIDA n’existe pas. Qu’il s’agit d’un esprit maléfique, d’un « mort » qui leur a été « envoyé » et qui les rend malades. Et d’autres croient que les maladies doivent être « partagées » pour perdre de leur virulence et ainsi en guérir. J’avais connaissance de ces croyances durant ma formation médicale en Haïti et je les espérais dépassées. Mais il semble qu’elles ont la vie bien dure.

Comme je le dis, ce chiffre devrait être vérifié par les autorités sanitaires du Cap-Haïtien. Et ce, le plus tôt possible. Et s’il s’avère réel, tous les moyens devraient être employés pour endiguer cette catastrophe. Cette situation devrait être classée comme une priorité nationale.

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  1. Brunel Derilus
    Avr 01, 2016 - 10:25

    Tu te souviens!

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  2. Katia
    Avr 01, 2016 - 10:39

    Bravo ! Très bon texte qui jette un regard realiste sur notre pays. Je l’ai lu avec intérêt et aussi de la tristesse.

    Répondre
    • Saoud jean pierre fahimy
      Avr 02, 2016 - 10:14

      Tristesse est un mot approprie. Mais il faut aller au dela et savoir si c’est vrai car si oui , il faut agir tout de suite. Cette region est une enclave qui ne reflete peut- etre pas les chiffres nationaux. Il faut verifier et rapidement.

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      • Katia
        Avr 02, 2016 - 11:43

        Oui en effet. Merci de l’éclaircissement

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  3. Samantha Jean
    Avr 01, 2016 - 04:08

    je t aime Cap-Haïtien

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  4. L. R. Mellon, MD, MPH
    Avr 01, 2016 - 07:17

    Ce n’est malheureusement pas un poisson d’avril, mais la légèreté avec laquelle certains avancent des chiffres m’effraie! C’est un avocat qui les avance, Dieu merci: il a au moins la bonne excuse de ne pas être du métier…

    Allons droit au but: un taux de séroprévalence de 60% est antagonique à toute réalité épidémiologique. Pour avoir été co-auteur des enquêtes de séroprévalence du VIH (et d’autres maladies infectieuses) en Haïti pendant ces 25 dernières années et plus, je peux confirmer que le taux a accusé baisse après baisse au fil des ans, pour être aujourd’hui autour de 2% (source: Enquête EMMUS – https://dhsprogram.com/pubs/pdf/FR273/FR273.pdf). Il constitue certes la marque d’une épidémie généralisée, mais les différents co-facteurs (comme la prévalence de la syphilis et d’autres IST) en attestent éloquemment.

    Mon explication scientifique est que le taux rapporté souffre, entre autres, du biais de sélection. Il s’agirait en effet d’une « histoire » d’assurance-maladie. De plus, ce n’est pas une étude: la méthodologie appropriée fait donc défaut.

    Je terminerai toutefois en disant que la divulgation de ce genre d’information doit se faire avec la plus grande rigueur, car les retombées négatives risquent d’être létales.

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    • Moise
      Avr 02, 2016 - 08:19

      Merci. J’allais dire exactement la même chose.

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    • Saoud jean pierre fahimy
      Avr 02, 2016 - 01:08

      Heureuse de te retrouver Ralph. En effet. Cest bien pour cela que je dis clairement d’ou il vient et que je le repete tre prudemment en specifiant qu’il doit etre verifie rigoureusement. Il y a peut etre biais. Mais tant qu’une etude dans la region nest pas menee, on ne connaitra pas le vrai chiffre. Moi je le souhaite faux mais je ne pouvais m’empecher de relater ce que j’avais entendu.

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      • L. R. Mellon, MD, MPH
        Avr 04, 2016 - 06:02

        Encore une fois, j’insiste pour m’insurger encore et affirmer que ce taux est archi-faux. Il n’y a pas besoin d’étude pour le dire: toutes les enquêtes de séroprevalence antérieures le prouvent. C’est le B-A/ba de l’épidemiologie. Heureusement que nous avons ces enquêtes séro-sentinelles nationales à intervalle régulier: ells nous permettent de suivre la tendance de l’épidémie. La prevue de diminution est irréfutable.

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  5. Wisly Jean
    Avr 02, 2016 - 12:08

    Je suis capois

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  6. Jimmy Jean-baptiste
    Avr 02, 2016 - 03:27

    M kem c yon kapwa

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  7. Francki Antoine
    Avr 02, 2016 - 03:43

    Like this we have 10 department but only pays Haiti

    Répondre
  8. Lourdrige Valcourt
    Avr 02, 2016 - 01:58

    Si pou chak dis moun gen sis ladan yo ki enfekte sa grav anpil wi

    Répondre
  9. Makenson Jean
    Avr 02, 2016 - 02:26

    Je suis fière de ma ville natale cap haitien

    Répondre
  10. Cindy Valere
    Avr 02, 2016 - 08:22

    Slt cmnt vas tu Bien -Aimé ? Mw pa tande

    Répondre
  11. Sheila Jean
    Avr 03, 2016 - 02:24

    Moun okap pou lavi!!!

    Répondre
  12. Emmanuel Innocent
    Avr 03, 2016 - 03:50

    se sa

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  13. Odalma Ritchy
    Avr 03, 2016 - 04:13

    Antouka…

    Répondre
  14. Germain Papouche
    Avr 04, 2016 - 08:07

    J’ai lu ce texte avec les larmes, ce que je peux dire c’est que l’auteur est un ignorant et même pire parce qu’il ne sait pas s’il est ignorant. Ces analyses sont très médiocres. Mais ça se comprend il voulait tout simplement ternir notre image entant que peuple. Je ne veux pas faire de commentaire sur le fond du texte parce que tout ce qu’il avance est archifaux.. c’est de la méchanceté quand quelqu’un paie un terroriste idéologique de merde comme ce foutu docteur Mellon,, sans aucun scrupule dans le seul but de détruire la première République noire indépendante du monde. il a même osé minimiser l’exploit de nos héros de l’indépendance. Le cap Haïtien, la deuxième ville du pays ne ressemble pas du tout à l’image décrit pas ce monsieur dans son fameux texte qui aurait pu trouver sa place dans une compilation de dechets sauvages en putréfaction. Et je lui conseillerais de ne pas citer Haïti dans sa prochaine réflexion de débile.

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    • L. R. Mellon, MD, MPH
      Avr 04, 2016 - 06:08

      Le Dr. Mellon n’a pas écrit l’article, Monsieur. Au contraire, il en a réfuté et réfute encore les bases épidémiologiques. Je vous prie d’avoir la probité et la politesse de corriger. Merci.

      Répondre
      • Saoud jean pierre fahimy
        Avr 09, 2016 - 05:20

        Encore une fois, tant mieux si c’est faux Ralph et encore mieux si des études sentinelles le démontrent. Il faut publier ces études et les vulgariser. Car je n’ai fait que rapporter ce qui se chuchote. C’est toujours le risque quand on dit haut ce que d’autres disent tous bas. Le dégât est pareil. J’ai dénoncé en demandant des preuves car oui c’est alarmant et cause du tort. Ma position est simplement celle du » whistle blower » comme on dit en anglais. C’est facile après de me faire la leçon.
        Par ailleurs j’ai le droit de me poser toutes sortes de questions sans avoir a être insultée. Je ne répondrai donc pas aux commentaires irrespectueux. Il vaudrait mieux que tu en fasses de même.

        Répondre
  15. Jane
    Avr 06, 2016 - 07:19

    Merci Fahimy pour l’article tres bien ecrit et au docteur Mellon. Il faut en parler et continuer l’ education nationale des Haitiens pour qu’ils se protegent meme si le taut n’est vraiment pas a 60%.

    Répondre
    • Saoud jean pierre fahimy
      Avr 09, 2016 - 05:26

      Tu as tout a fait raison Jane. C’est ce qu’on peut faire de mieux. Ne pas baisser la garde.

      Répondre
  16. Dr. Ronald V. LaRoche, M.P.H. R.Sc.
    Avr 12, 2016 - 04:54

    Chère Mme Saoud Jean-Pierre,

    C’est avec un profond regret que nous constatons combien certains haïtiens sont légers quant à la réputation de leur propre pays ceci en répandant des informations qui sont fausses. Nous espérions en effet qu’un journaliste qui se targue de professionnalisme se doit de vérifier ses sources avant la publication d’un quelconque article ayant des impacts catastrophiques pour son pays. Ceci est d’autant plus crucial du fait qu’il concerne une zone avec un grand potentiel touristique et industriel qu’est le département du nord.

    Une telle légèreté porte préjudice a la crédibilité et à la réputation du journal ou l’article a été publié.

    A l’heure actuelle, nous avons une entité officielle qui recueille et publie les données et les statistiques épidémiologiques dans le domaine de la santé. Nous pensons que vous auriez pu faire preuve de plus de rigueur si vous l’aviez consultée. Pour votre gouverne, nous partageons et vous referons à la dernière publication d’EMMUS dans laquelle vous trouverez des informations claires, crédibles et fiables.

    D’après l’enquête EMMUS menée en 2012, la prévalence du VIH est en Haïti maintenue à 2,2% depuis 2006. Source: http://www.ht.undp.org/
    >Prévalence du VIH parmi les jeunes 15-24 ans dans le nord est de 0,8%
    >Prévalence du VIH parmi les travailleurs du sexe (TS) dans le nord est de 10,4%
    >Prévalence du VIH parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes dans le Nord est de 15,3%.

    En espérant que ces rectifications nous permettront de redorer le blason de notre pays que votre article a terni et en vous recommandant plus de prudence et de sagesse a l’avenir, je vous prie de recevoir mes salutations.

    Dr. Ronald V. LaRoche, M.P.H. R.Sc.
    Directeur de la compagnie d’assurance qui dessert les membres du syndicat de Labadee

    Répondre
  17. Glandor Charles Henri
    Mai 05, 2016 - 09:40

    Nous tout sé Nég menm si nous nés ayé tandé mwen diw

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