La mordante nature de Sugar Sammy

Sugar Sammy de son vrai nom Samir Khullar fait tourner les têtes au Québec. Le 17 novembre 2015, nous rencontrons le grand artiste dans sa loge à l’Olympia pour qu’il nous en dit un peu plus sur son parcours et la vision qui l’habite.

D’origine indienne, l’humoriste fut malgré vents et marées la coqueluche des Québécois  en remportant la statuette de l’Olivier de l’année durant deux années consécutives. Il décide maintenant de prendre un tout autre virage, un passage presque obligé pour Sugar Sammy qui ne semble reculer devant aucun défi.

Le nom de "Sugar Sammy" provient du fait que pour financer ses études universitaires à Mc Gill, le futur humoriste organisait des soirées en tant que promoteur dans les clubs et laissait entrer les filles gratuitement. C'est elles qui ont commencé à le surnommer "Sugar Sammy".

Le nom de « Sugar Sammy » provient du fait que pour financer ses études universitaires à Mc Gill, le futur humoriste organisait des soirées en tant que promoteur dans les clubs et laissait entrer les filles gratuitement. C’est elles qui ont commencé à le surnommer « Sugar Sammy ».

Après avoir triomphé sur les planches avec son spectacle « You’re Gonna Rire« , un show sans retenue qui écorche l’identité du Québécois que l’on dira « de souche », Sugar met fin à cette page de son histoire et cherche de nouvelles cibles pour son humour corrosif. L’objectif visé est cette fois est l’énorme marché Français. Un parcours similaire à Anthony Kavanagh qui a subjugué l’hexagone il y a quelques années de cela.

Mais la saveur de Sugar Sammy est très différente de ce dernier. Ayant grandi et évolué dans le quartier multiethnique de Montréal qu’est Cote-Des-Neiges, un quartier où vous passez de l’Afrique à l’Orient en traversant des océans de langues en moins de dix minutes de marche, l’humoriste/producteur/acteur a développé un style qui tend vers la provocation des genres et des liens que tissent les différentes communautés culturelles. Est-ce qu’il y a des limites? Rien de tabou nous raconte-t-il « J’y vais au feeling|..| Je crois beaucoup à la liberté de parole, à la liberté d’expression . C’est un droit démocratique que l’on devrait tous exercer. » Puis il nuance:  » Il y a aussi un jugement personnel que moi j’utilise et certains moins, mais on a le choix d’y aller ou non.  » Anthropologue de la société, il affirme que c’est son travail d’observer ce qui se passe et de le rapporter avec une finesse humoristique.

Fédéraliste affirmé, Sugar casse avec les autres artistes (même ceux issus de la diversité) qui sont largement surreprésentés dans le camp des souverainistes. Il dit s’afficher fièrement comme fédéraliste « C’est correct d’aimer le Québec et le Canada en même temps. Tu n’es pas moins Québécois à cause que tu le fais. Les artistes ont peur de le dire. »

Fidèle à sa ligne de pensée, Sugar Sammy qui écrit ses textes, honore les artistes qui ont su challenger la société. Des comiques que sont Dave Chapelle, Eddie Murphy et Richard Pryor qui tous ont eu cette audace de faire rire en repoussant les limites de l’acceptable et reflétant les tares « d’une manière honnête » précisera-t-il, de la société. Ces paroles ne pouvaient qu’amener vers le sujet du controversé humoriste Dieudonné que Sugar Sammy perçoit s’être engouffré dans une incontrôlable spirale.

Au Québec, c’est Mike Ward qui tient la plus haute estime dans l’esprit de Sugar. Et pour les mêmes raisons que les autres; son coté frondeur. « Quand tu pousses tes limites comme artiste, veux, veux pas, une société évolue. Ce qui était tabou il y a trente ans, ne l’est plus aujourd’hui. Il serait ridicule aujourd’hui de ne pas parler de sexe avant le mariage. Ça a pris une première personne pour le dire. »

Au milieu de tout ça, malgré l’émergence de plus en plus marquée d’un volet artistique « ethnique » sur la scène provinciale, Samir Khullar alias Sugar Sammy est l’unique produit Indien du Québec et ça, il le sait bien. « C’est la progression naturelle de la société québécoise. On ne voit pas assez de gens des communautés culturelles à la télévision. » Une situation qui engendre d’autres difficultés, un catch-22 dans les mots de l’humoriste pour exprimer des conditions perdantes-perdantes. Lui-même producteur de l’émission Ces gars-là, qui connait un franc succès, il n’a pu trouver d’acteurs Indiens sur le territoire québécois qui pouvaient prendre le rôle de ses parents. Il expose la situation symptomatique: « Parce qu’il n’y a pas de travail pour les acteurs Indiens, donc ils ne peuvent évoluer dans ce milieu car personne ne les cast. Ils finissent par faire autre chose. » Il promet un casting représentatif dans ses épisodes sans exagérer une vision de la réalité à la Tyler Perry dénoncera-t-il.

Sugar Sammy qui a vendu plus de 330 000 billets, fait 155 shows à l’Olympia de Montréal, visité 49 villes de la belle province, est aussi un homme d’affaires. Sa compagnie de production, produit ses spectacles, il produira également son propre DVD en 2016. Avec ce succès, il tente de rester « grounder », même si l’on sent très bien dans son énergie, la pulsion moqueuse, l’audace railleuse voire malicieuse qui l’a mené ou il l’est aujourd’hui.

En 2016, les Québécois auront encore la chance de voir Sugar Sammy puisque son spectacle You’re Gonna Rire se terminera le 18 mars 2016 à l’Olympia. Et En Français SVP pourra être apprécié dans plusieurs villes, de Laval à Trois-Rivières en passant par Sherbrooke ou Ste-Agathe, et ce jusqu’au 2 juillet 2016. Français, préparez-vous!

Interview réalisé par Pascale Gabriel

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  1. Diane Trudeau
    Nov 19, 2015 - 11:16

    Fait chier

    Répondre

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