La situation chaotique de la Guinée-Bisau a autorisé certains groupes armés de solidifier leur emprise sur le pouvoir politique, en développant le contrôle du trafic de cocaïne et en jouant le rôle de faiseur de rois.

La Guinée-Bissau : Premier narco-état d’Afrique

Depuis le coup d’État militaire d’avril 2012 fomenté par le général Antonio Indjai qui a mis un terme au régime civil en Guinée-Bissau, la communauté internationale a largement négligé ce petit pays lusophone d’Afrique de l’Ouest. En fait, la Guinée-Bissau est discrètement devenue le premier narcoétat d’Afrique. Le trafic de cocaïne est désormais une voie reconnue vers le pouvoir et l’influence politique bissau-guinéenne.  

Le déficit de gouvernance de la Guinée-Bissau a permis au pays de devenir une importante plaque tournante de la cocaïne mondiale et du commerce des armes, déstabilisant les intérêts régionaux. Qui plus est, le commerce florissant de narcotique en Atlantique Sud montre des signes d’enlisement avec des réseaux extrémistes violents à travers l’Afrique de l’Ouest et du Sahel facilitant le financement des groupes et activités qui minent l’économie, la politique et le développement de cette région.

La situation chaotique de la Guinée-Bisau a autorisé certains groupes armés de solidifier leur emprise sur le pouvoir politique, en développant le contrôle du trafic de cocaïne et en jouant le rôle de faiseur de rois.

La situation chaotique de la Guinée-Bisau a autorisé certains groupes armés de solidifier leur emprise sur le pouvoir politique, en développant le contrôle du trafic de cocaïne et en jouant le rôle de faiseur de rois.

Cette désormais réalité a été démontrée le 18 avril 2013, un an après le coup d’État. La Drug Enforcement Administration (DEA) le service de police fédérale américain dépendant du Département de la Justice des États-Unis chargé de la mise en application de la loi sur les stupéfiants et de la lutte contre leur trafic a émis des accusations officielles contre le commandant en chef des forces armées du pays africain. Il s’avère que M. Antonio Indjai, aurait conspiré pour utiliser son pouvoir et son autorité pour jouer les intermédiaires pour stocker et transporter des stupéfiants aux États-Unis. De la cocaïne provenant des FARC, le célèbre groupe militaire colombien, qu’il entreposerait en terre ouest-africaine.  En 2012, on attribue à la Colombie 25 % de la production mondiale.

En mai de cette année, les Nations Unies ont déclaré que M. Indjai et d’autres responsables militaires bissau-guinéens auraient également garanti un passage sûr à travers la Guinée-Bissau pour les envois de cocaïne en route vers les consommateurs européens et américains. Certain de ces hauts fonctionnaires tels Bubo Na Tchuto, le chef d’état-major de la marine sont déjà sous les verrous et font face à la justice américaine.

À l’insu de M. Indjai, ses soi-disant partenaires colombiens étaient en fait des membres infiltrés de la DEA, qui ont été envoyés pour perturber l’association latino-américaine – ouest-africaine dans le commerce de la poudre blanche. Le 4 avril 2013, après des mois de préparation, des agents de la DEA déguisé en membres des FARC, ont fait plusieurs arrestations très médiatisées de responsables militaires bissau-guinéens dans les eaux internationales près de Cap-Vert.

Un regard sur le trafic de stupéfiants en Afrique de l’Ouest est compliqué de par ses nombreux liens vers des régions périphériques ingouvernées d’Amérique latine. Comme indiqué dans le Rapport mondial sur les drogues de 2012 par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, ou l’ONUDC, le trafic de la cocaïne est pris en charge par la culture de coca qui est centré dans les régions isolées de la Colombie, le Pérou et la Bolivie. La cocaïne est traitée dans les usines de fortune dans les zones escarpées de la cordillère des Andes et de l’Amazonie avant d’être transportée vers les marchés illicites au Brésil et de l’Amérique du Sud. La cocaïne est ensuite souvent transportée à travers l’Atlantique du Brésil à la Guinée-Bissau. Un marché aidé par l’affinité linguistique entre les deux pays lusophones, deux ex-colonies portugaises. De ce point de passage sur la côte ouest-africaine, la drogue est ensuite passée en contrebande à travers le Sahara, le long des routes bien établies et en Europe via le Portugal ou l’Espagne.

Par ailleurs, la Guinée-Bissau a connaît une insuffisance de moyens de surveillance par les airs et maritime pour contrôler son littoral, ainsi qu’un manque d’installations de traitement de la toxicomanie pour traiter le problème croissant de la consommation indigène. Mais la corruption dans les hauts échelons militaires bissau-guinéens est l’ennemi le plus probable dans la lutte contre le narcotrafic, comme elle représente la seule structure de sécurité présente en Guinée-Bissau aujourd’hui. Cela complique les interventions internationales au problème. Comme seule réponse au coup d’état militaire d’avril 2012, la communauté africaine la suspend de l’Union africaine et l’ONU interdit de voyage le général Antonio Indjai.

La situation africaine actuelle est plus que préoccupante. Plusieurs participants à ce commerce de la mort sont payés directement en produit, augmentant de façon importante la présence de ce poison. Selon les derniers chiffres de l’ONUDC, la consommation de cocaïne a connu sa plus grande croissance mondiale en Afrique. Elle a plus que doublé par rapport à 2005. Et le problème s’étendra inéluctablement.

Pendant la période de 2009-2011, l’Algérie, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Maroc ont chacun signalé une augmentation de la présence de cocaïne, et les chiffres indiqués par le Ghana et le Togo (par rapport à 2008) ont également indiqué augmentation de la consommation de ce psychotrope addictif et puissant stimulant du système nerveux central.

Le ministre de l’Intérieur Ghanéen Benjamin Kunbuor a déclaré en 2011 que les jeunes en Afrique de l’Ouest sont de plus en plus recours à la cocaïne, l’héroïne et autres drogues.

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