Dayana Ntibarikure, Jamila Shani Joseph et Keren Roberts

Ces mères qui aiment en couleurs

Si vous voulez prolonger un peu le Mois de l’Histoire des Noirs, nous vous suggérons la pièce de la talentueuse dramaturge, actrice et productrice, Trey Anthony : How Black Mothers Say I Love You,  que le Black Theatre Workshop (BTW) présente jusqu’au 16 mars 2019.  Cette œuvre sera bientôt portée à l’écran, avec la collaboration du réalisateur, producteur et scénariste Clement Virgo (The Book of Negroes, Poor Boy’s Game).   

Faire parler les silences qui tuent

L'équipe de How Black Mothers Say I Love You de Trey Anthony

L’équipe de How Black Mothers Say I Love You de Trey Anthony

L’histoire de cette pièce est celle des relations épineuses entre mères et filles, issues de ces décennies qui ont porté l’odieux des séparations familiales dans l’espoir d’améliorer le sort de ses proches. Daphné (Andrea Davis) a laissé pendant six ans ses deux filles en Jamaïque avec leur grand-mère, et son aînée ne le lui a jamais pardonné. Claudette (Dayana Ntibarikure) est l’enfant qui se rebelle et veut provoquer sa mère, la blâmer de l’avoir abandonnée.

Sa cadette, Valérie (Karen Roberts), personnifie l’enfant qui essaie d’être parfaite pour faire plaisir à sa mère. Elle s’habille bien, se tient bien, elle entre dans le moule demandé, avec le bon mari qui s’occupe bien d’elle et le projet de maternité.

À l’annonce de la maladie incurable de sa mère, Claudette revient chez elle après trois ans de silence, et tente tant bien que mal de faire accepter celle qu’elle est devenue, une femme de caractère, indépendante et lesbienne.

À la recherche du temps perdu

Pour écrire How Black Mothers Say I Love You, l’auteure Trey Anthony, récipiendaire de quatre NAACP Award (les NAACP Awards sont des récompenses de cinéma, télévision, musique et littérature américaines, remises par la National Association for the Advancement of Colored People, qui honorent chaque année les meilleurs films, musiques, livres, émissions et les meilleurs professionnels de la communauté afro-américaine) s’est inspirée de la vie de sa propre grand-mère alors qu’elle était en phase terminale d’un cancer, ressentant l’urgence de témoigner du vécu d’une immigrante d’origine jamaïcaine. Celle-ci avait laissé en Jamaïque ses enfants pour Londres, où elle travailla comme aide domestique, s’occupant des enfants des autres. Des années plus tard, sa fille vécut la même expérience, quittant l’Angleterre pour le Canada, laissant ses enfants derrière elle pendant quelques années également.

Trey Anthony s’est attardée aux sentiments douloureux vécus à cause de ces séparations. Les personnages de cette pièce parlent beaucoup et expriment leurs blessures afin de les soigner, de les guérir. L’auteure croit que son travail l’a aidée à mieux comprendre les choix de sa mère et ultimement, à mieux l’aimer.  Cette pièce sert précisément à mieux aimer nos mères afro-descendantes, à mieux comprendre la forme de leur amour pour nous.

Une main de velours dans un gant de fer

En tant que directrice, le talent de Tamara Brown a pu être apprécié à Toronto, Winnipeg, New York Stratford et Montréal

En tant que directrice artistique, le talent de Tamara Brown a pu être apprécié à Toronto, Winnipeg, New York Stratford et Montréal

Ceux et celles qui ont une maman noire le savent, elle nous éduque souvent de manière particulière, bien différemment de celles de nos amis en dehors de notre Communauté. La mère noire est orgueilleuse et a la fierté propre aux descendants d’esclaves qui se sont affranchis. Elle est sévère et exigeante, s’inquiète de l’opinion du voisinage, est très pieuse et vendrait sa chemise pour nourrir sa progéniture. Elle est souvent obsédée par la perfection et les tabous, au risque d’en rendre malheureux ses enfants. Et surtout, elle dit rarement, voire jamais, « je t’aime ».

Fréquemment dysfonctionnelle, la famille noire regorge de secrets et de non-dits, qui jalonnent le parcours des enfants qui y grandissent. Si le langage d’amour de la mère noire ne passe définitivement pas par la parole, il se mesure probablement à son don de soi absolu pour ses enfants. Elle te porte, te fait naître, te nourrit, te coiffe, t’habille proprement, t’envoie à l’école, t’amène à l’église, prie pour toi, et c’est là que gisent toutes les preuves de son amour, de son dévouement. Comment pourrait-on douter de son amour, même si elle ne te le dit pas avec des mots?

À la soirée de première, la directrice artistique, Tamara Brown, a révélé que « How Black Mothers Say I Love You est un travail d’amour. Les gens qui ont travaillé pour cette pièce aiment leurs mères, ils aiment leur travail, et vous êtes ici témoins d’un travail d’amour. Les mères noires comptent. Les filles noires compte. L’amour noir compte. »

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