En finir avec les séquelles de l’esclavage en Tunisie

Le tribunal de Médenine dans le Sud tunisien a donné raison à une famille noire qui bataillait de longue date pour que la mention « affranchi » ou « esclave » soit supprimée de ses documents d’identité.

Un Tunisien issu de la minorité noire à Gosba près de Medenine.

Pour désigner les esclaves en Tunisie, la terminologie choisie dépend de la couleur et des origines de l’esclave : l’esclave noir est appelé Abd ou Chouchen, l’esclave blanc Mamluk ou Saqlabi et l’esclave berbère Akli

À 81 ans, Hamdane Dali vient de remporter une belle victoire. Le vieil homme noir de Médenine, dans le Sud tunisien, lointain descendant d’esclave, n’aura plus à porter ce stigmate historique. Le tribunal de la ville a accepté le 14 octobre que le terme « atig », signifiant affranchi – soit ancien esclave de la famille Dali – soit supprimé de ses documents d’identité et de tous ceux de sa famille.

De nombreux Tunisiens de la minorité noire ont encore officiellement les termes « atig » ou « chouchane » (« esclave ») accolés à leur nom, près de deux siècles après l’abolition, en 1846, de l’esclavage en Tunisie. « Aujourd’hui encore des enfants naissent avec le nom atig », s’indigne Saadia Mosbah, qui a fondé, en 2013, l’association de défense des minorités M’nemty (« mon rêve ») et a soutenu la famille Dali dans sa démarche.

Un nom très lourd à porter. « Sur une copie d’examen, sur un CV pour chercher un emploi, etc., il fait d’emblée chuter la considération envers la personne », commente-t-elle. « Il y a eu aussi des esclaves non noirs en Tunisie, mais ces appellations sont restées uniquement pour la minorité noire », ajoute-t-elle. « Aucune reconnaissance de l’africanité de la Tunisie » Depuis sa création M’nemty bataille pour mettre fin à ces discriminations et réclame la création d’une commission nationale pour les patronymes. « Jamais les autorités ne se sont saisies de cette question, il n’y a aucune reconnaissance de la pluralité de la société tunisienne, de son africanité, de sa multiculturalité et de sa multi-ethnicité », déplore Saadia Mosbah qui relève que seule Jamila Ksiksi, l’unique députée noire au parlement tunisien, s’est réjouie de cette décision.

La présence historique des Noirs en Tunisie, indépendamment de la traite des esclaves, est un fait ignoré des Tunisiens, avait souligné l’ethnologue Inès Mrad-Dali, auteure d’une thèse sur les Noirs tunisiens. Tout comme l’est l’histoire de l’esclavage et de l’implication des Arabes dans la traite trans-saharienne. « Cette histoire tunisienne reste à écrire et à exorciser », estime l’anthropologue Stéphanie Pouessel qui a dirigé une étude « Noirs au Maghreb. Enjeux identitaires ».

La nouvelle loi sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale En 2017, le fils de Hamdane Dali, Karim Dali avait déposé une requête auprès du ministère de la justice pour que soit supprimée cette appellation « atig » humiliante. « Cela avait alors été refusé, sans aucune explication », rapporte Saadia Mosbah. Depuis, la Tunisie a adopté, en octobre 2018, une loi sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, qui a sans doute changé la donne. L’argumentaire de la décision du tribunal de Médenine, non encore publiée, sera éclairant sur le sujet. Celle-ci fera en tout cas jurisprudence pour toutes les familles désireuses de ne plus être stigmatisées.

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