Libéré du couloir de la mort après 30 ans

Glenn Ford, un Afro-Américain a été relâché du célèbre Pénitencier d’État de Louisiane  aussi connue sous le nom d’« Angola », après avoir vécu dans l’ombre d’une sentence d’une peine de mort depuis 30 ans. Il devient le 2e condamné ayant croupi le plus longtemps dans le couloir de la mort dans l’histoire des États-Unis à être libéré, ex aequo avec Reginald Griffin, un autre afro-américain libéré en 2013.

Glenn Ford fut libéré sur ordre d’un juge de Shreveport, une ville ou près de la moitié de la population est afro-américaine. Les procureurs de l’État de la Louisiane ont indiqué qu’ils ne pouvaient plus soutenir sa condamnation. À la fin de 2013, l’État a notifié les avocats de M. Ford qu’un informateur avait livré de nouvelles informations mettant en cause un autre homme qui avait été parmi les quatre co-accusés à l’origine de l’affaire.

Durant ces 30 dernières années reclus, Ford a continué à proclamer son innocence et a rejeté les offres de plaider coupable en échange d’échapper à la peine de mort. Dans le processus d’appel qui a suivi, la Cour suprême de la Louisiane, l’organe juridique suprême de l’État, a reconnu que la preuve contre lui n’était « pas écrasante» et que le dossier de l’accusation était ouvert à « de sérieuses questions ». Il fut tout de même conservé dans le couloir de la mort.

Glenn Ford a été condamné à mort en 1984 pour l’assassinat en novembre 1983 d’Isadore Rozeman, un homme Blanc et âgé qui tenait un magasin de bijoux et de réparation de montres à Shreveport. Le défendeur, son voisin, avait travaillé comme homme à tout faire pour M. Rozeman. Dans ses entretiens avec la police, Glenn Ford a avoué qu’on lui avait demandé de mettre en gage un revolver de calibre .38 et quelques bijoux analogues à ceux du magasin de Rozeman au moment du crime, par un autre homme qui fut parmi les premiers suspects.

Le site du pénitencier d’État de Louisiane était autrefois occupé par une ancienne plantation, dont la plupart des esclaves y travaillant étaient originaires de l’Angola en Afrique australe. À la fin du XIXe et début XXe siècle, l’État de Louisiane achète un certain nombre de ces plantations pour les reconvertir en pénitenciers. Aujourd’hui, la plus grande prison de sécurité maximale des États-Unis, située sur la rive gauche du Mississippi, avec une superficie de 73 km2, retient quelque 6 300 détenus, dont 75 % sont Noirs.

Interrogé, lorsqu’il quittait les portes de la prison, pour sa libération, lourd de 64 années, l’homme de nouveau libre s’exclame, « Je me sens bien, mon esprit va dans toutes sortes de directions. Je me sens bien. »

Ford confesse qu’il conserve tout de même un certain ressentiment pour avoir été emprisonné à tort : « Oui, parce que je fus enfermé pendant près de 30 années pour quelque chose que je n’ai pas fait. Je ne peux pas revenir en arrière et faire ce que j’aurai dû faire quand j’avais 35, 38, 40 ans, des trucs comme ça ».

La condamnation de Ford présente toutes les caractéristiques sur les défaillances criantes du système judiciaire américain que l’on trouve dans plusieurs des cas d’exonération. Depuis 1973, 144 détenus ont évité de justesse la peine de mort aux États-Unis. 73 d’entre eux étaient des hommes Noirs.

Le fait que, malgré d’importants soupçons chez certains juges, la condamnation à mort de cet homme innocent a été maintenue pour finalement se reposer entre les mains de militants anti-peines de mort et surtout de l’avocate Deborah Ellis qui en a fait une affaire personnelle.

Parmi les nombreux problèmes, la « trop typique » magouille de la poursuite, la composition du jury. Un Afro-Américain se retrouve donc condamné à mort par un jury qui avait été soigneusement sélectionné par les procureurs, un jury qui devrait être exclusivement composé de Blancs. Les procureurs avaient injustement rejeté les trois seuls candidats Noirs.

Sa représentation lors du procès était terriblement maladroite.  L’avocat principal de la défense était un spécialiste dans la loi relative à l’exploration du pétrole et n’avait jamais testé un jury. Le second avocat, diplômé depuis deux ans,  travaillait régulièrement sur les  affaires d’assurance-accident d’automobile.

Lors du procès, l’État n’a pas appelé aucun témoin oculaire du crime, ni même fournit l’arme du crime. C’est le témoignage de Marvella Brown, la copine d’un autre suspect qui a largement pesé dans sa condamnation, même si plus tard, au cours du contre-interrogatoire elle avouée avoir tout inventé.

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