En 1792, plus de 1100 personnes de la Nouvelle-Écosse au Canada ont traversé l'Atlantique pour fonder Freetown, aujourd’hui la capitale de la Sierra Leone. 64 colons moururent durant le voyage.

La genèse du mouvement « Back to Africa »

Trois cents ans après la déportation des Noirs en Amérique du Nord par les négriers, une idée germe lentement dans l’esprit de ce peuple apatride, une intention incontournable pour une communauté déplacée. Un retour aux sources, un retour aussi voulu que désiré vers leurs terres ancestrales.

Ce rêve devient possible vers la fin du 18e siècle et s’incarnera dans une formule accrocheuse qui sera le « Back to Africa », le retour à l’Afrique, un espoir de retour vers un continent que la plupart des Noirs d’Amérique de l’époque n’ont pourtant jamais vu.

En 1792, plus de 1100 personnes de la Nouvelle-Écosse au Canada ont traversé l'Atlantique pour fonder Freetown, aujourd’hui la capitale de la Sierra Leone. 64 colons moururent durant le voyage.

En 1792, plus de 1100 personnes de la Nouvelle-Écosse au Canada ont traversé l’Atlantique pour fonder Freetown, aujourd’hui la capitale de la Sierra Leone. 64 colons moururent durant le voyage.

Bien que les Noirs des années 1790 en Amérique rêvaient continuellement de liberté, d’égalité, de bonheur, ils étaient toujours dans l’ombre du joug tyrannique de l’esclavage. Donc naturellement, les éventuels pourparlers sérieux, envisageable d’un rétablissement des Noirs vers l’Afrique ont émané du Blanc qui désirait se départir de cette importation artificielle avant qu’elle ne devienne économiquement et socialement dangereuse et pousser a bout de bras par des antiesclavagistes.

À deux reprises, un nombre substantiel de Noirs de l’Amérique du Nord britannique de l’époque ont effectivement fait le « Retour vers l’Afrique ». Les deux fois de l’actuelle province canadienne de la Nouvelle-Écosse vers la Sierra Leone sans pour autant y établir de profondes racines aux premiers abords. Pourtant, on estime qu’au moins le tiers des adultes qui quittèrent le Canada pour le pays d’Afrique de l’Ouest en 1792 étaient nés en Afrique.

En 1787, les premiers Noirs à tenter ce début de rêve furent du nombre de 411 dont 70 femmes Blanches et 40 femmes Noires. Témoignant de rester de loyaux sujets à la couronne britannique, ils embarquèrent de ports anglais pour se rendre à la Province of Freedom. On retrouve encore les traces de leurs descendants qui sont principalement dans la région de Freetown.

C’est dans ces ports anglais que le Britannique Thomas Clarkson un abolitionniste convaincu s’intéresse au mouvement. Il fonde en 1791 avec des associés, dont un banquier, The Sierra Leone Company, l’entité administrative de la nouvelle colonie africaine qui a besoin de sang neuf pour exister. C’est Clarkson qui propose la Nouvelle-Écosse comme une source d’Affranchis pour vivifier la colonie.

Le loyaliste Noir Thomas Peters, né au Nigeria, fait esclave à 22 ans à bord d’un navire Français, le Henri Quatre, puis vendu en Louisiane, s’échappe en 1776 pour la liberté au sein des Black Pioneers, une unité militaire composée d’esclaves afro-américains en fuite au Canada. Il en deviendra le chef.

Pendant la guerre d’indépendance américaine, la couronne britannique promettait terres et liberté aux Noirs qui se rangeaient de son côté. Ces « Loyalistes  Noirs » furent bernés, et Thomas Peters décida de se rendre en Angleterre pour réclamer la terre d’une centaine de familles Noires de Nouvelle-Écosse et d’une autre centaine de la province canadienne du Nouveau-Brunswick.

C’est là que Thomas Peters apprend de Granville Sharp, un autre britannique qui combattait vivement pour l’abolition de l’esclavage, que la Sierra Leone édifiait une colonie de Noirs libres. Après une rentrée glorieuse en Nouvelle-Écosse, Peters recrute des volontaires pour le grand retour. La majorité des adhérents pour l’aller simple proviennent de la ville de Birchtown. C’est avec l’aide de John Clarkson, le frère de Thomas Clarkson que Thomas Peters convainc plus d’un millier d’Afro-Canadiens pour une nouvelle vie en Sierra Leone. La traversée historique se fera avec une flotte impressionnante de quinze vaisseaux.

Granville Sharp chercha en 1783 à faire avancer la cause abolitionniste en faisant valoir qu'un esclave n'était pas, sur un navire, une « marchandise » comme les autres

Granville Sharp chercha en 1783 à faire avancer la cause abolitionniste en faisant valoir qu’un esclave n’était pas, sur un navire, une « marchandise » comme les autres

Selon les notes de John Clarkson qui allaient être le meneur de l’expédition, les Noirs quittaient le Nouveau Monde pour trois principales raisons : ils sont sous-payés comparativement aux Blancs pour une tache identique; certains Noirs n’ont jamais reçu leurs terres et d’autres qui l’ont eu officiellement ne peuvent l’occuper pour des raisons diverses; ils désiraient un meilleur avenir pour leurs enfants, sur de meilleures fondations. Le climat canadien n’a pas été avancé.

Arrivée en terre promise, la réalité. Une quarantaine de Noirs meurent de la malaria, emmenant le docteur et ceux qui s’occupaient des provisions. La colonie a faim. Thomas Peters n’est pas épargné, il meurt de la malaria en juin 1792. En fait, la moitié des colons sont malades avec des pertes de sept vies quotidiennement. John Clarkson est le leader de la colonie et fondera avec les Néo-Écossais, la ville de Freetown qui est aujourd’hui la capitale forte de la Sierra Leone.

En décembre 1792, il quitte la colonie et retourne en Angleterre et coupant les liens avec The Sierra Leone Company en 1793. L’écossais Zachary Macaulay qui avait pour devise « Ne suis-je pas un homme et un frère ? » assurera la gouvernance de la fragile colonie africaine.

En 1800 les choses se gâtent. The Sierra Leone Company réclame des loyers sur les terres des Noirs qui ont traversé l’Atlantique pour couvrir leur frais. Une première révolution éclate, les Noirs se croyant une fois de plus dupés par les intentions britanniques.

À partir de 1808 (après l’abolition de la traite des esclaves en 1807), les équipages britanniques ont placé des milliers esclaves africains à Freetown, les libérant de négriers illégaux. La plupart de ces Africains libérés ont choisi de rester en Sierra Leone. Coupés de leurs différents pays d’origine et de leurs traditions, les Africains libérés ont assimilé les styles de vie des colons et des Marrons jamaïcains. Ils ont établi un commerce florissant de fleurs et de perles sur la côte ouest-africaine.

Malgré le temps qui passa, les colons afro-canadiens ne s’identifiaient toujours pas comme des Africains. Leurs identités fortes, le péril qu’ils ont vécu ensemble a renforcé leurs liens, ils se distinguent encore en tant que « Néo-Ecossais ». À part, ils se sont toujours crus différents des peuples autochtones et restés distants des autres vagues de colons afro-américaines.

Même durant le 21e siècle, le groupe de migrants néo-écossais de 1792 est toujours identifiable et s’immisce activement dans le développement de la Sierra Leone. La Sierra Leone acquiert finalement son indépendance du Royaume-Uni en 1961.

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  1. Bibiche Diedhiou
    Avr 27, 2015 - 11:52

    journée d l’exclavage hommage a nos grandes parents

    Répondre
  2. Kennya Verdieu
    Avr 28, 2015 - 06:32

    Très bon article

    Répondre

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